Esther. L’émotion des origines  15 novembre 2010

Esther AssoulineElle est la toute dernière de mes « coups de cœur » joailliers. Notre rencontre s’est faite d’une manière toute simple : un mail envoyé à la galerie me présentant son travail, un appel téléphonique pour nous fixer un rendez-vous et la découverte d’une artiste et de créations qui m’ont donné immédiatement l’envie de leur faire une place dans mes vitrines.
Si dans la vie, cette pétillante et jolie brune se nomme Esther Assouline, elle a préféré adopter pour signature son seul prénom, afin de se démarquer d’autres créatifs illustres portant le même patronyme. Ce prénom sied finalement parfaitement bien à des bijoux qui paraissent surgis de la nuit des temps.
Née au Maroc, mais arrivée dans la région parisienne encore enfant, sa vocation joaillière n’a émergé qu’après un long cheminement artistique et après s’être d’abord essayée avec une certaine maestria à l’art du pastel.
Ainsi pourtant qu’elle le dit, comme dans toute bonne famille originaire du Maghreb ou du Proche-Orient, le bijou fait quasiment partie de son patrimoine identitaire. Mais entre le porter et se mettre à en créer, il y avait pour cette artiste comme une frontière difficile à franchir même si elle façonnait pour son plaisir des petites pièces à base de perles et de pierres dures.

Ainsi qu’elle me l’a raconté, c’est sa rencontre avec une jeune femme professeur dans une école dédiée au bijou contemporain qui l’a incité à essayer. Pendant une année, elle se met donc à suivre assidûment les cours en s’axant plus spécifiquement sur les techniques de travail du métal. Ce qui lui permet d’apprendre ainsi la soudure et le façonnage. Encore insuffisant, néanmoins, pour cette passionnée qui voulait s’initier également à la ciselure. Enfin, par le biais de portes ouvertes destinées à faire découvrir au public la diversité des ateliers d’art parisien, Esther fait LA rencontre qui va l’amener à transformer son rêve en une réelle orientation de carrière. En l’occurrence, celle de Wiga Nikulski, tout-à-la fois joaillière et ciseleuse ! Sous sa houlette, la voilà qui apprend l’exigeante technique de la ciselure. Un apprentissage qui lui permet ainsi de prendre confiance en ses capacités à imprimer ses émotions et ses racines méditerranéennes sur des bijoux en or jaune d’une incroyable beauté brute.
Depuis, les routes de ces deux fortes personnalités ne se sont jamais vraiment dissociées puisque Esther, qui s’est lancée dans l’aventure d’une marque en propre depuis 2007, continue à se perfectionner auprès de Wiga qui la conseille dans la recherche des réponses techniques qui se posent au gré de ses différentes explorations créatives. Mais, laissons parler l’artiste…

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Esther : à dire vrai, elles relèvent purement et profondément de l’instinct. Ce qui m’amène, lorsque je réalise une première pièce, à en imaginer une seconde de manière quasi naturelle. Je n’ai donc pas vraiment d’inspiration visuelle. (Par exemple, je ne me nourris pas tellement de visites d’expositions ou de lieux architecturaux, en tous cas ce n’est pas immédiat). Je dirais plutôt que le processus de création passe chez moi par une sorte de dialogue intérieur. Un processus d’abord lié à des envies, à commencer par celle, primaire, d’avoir commencé à faire des bijoux parce que je ne parvenais pas à en trouver qui me parlaient réellement.

On sent dans vos bijoux comme une forme de spiritualité. Etes-vous animée par ce genre d’élan dans votre démarche créative ?collier Esther Assouline à la galerie Elsa Vanier

Esther : Cela dépend dans quel sens on aborde le terme de spiritualité. Je suis d’une nature profondément terrienne et je pense que cela se sent dans mes bijoux avec leur côté très martelé, très empreint de la main humaine évoquant parfois des fragments de pierres ou d’objets cassés. En même temps, il existe vraiment au fond de moi un sentiment étrange, difficilement explicable, qui m’envahit lorsque je façonne une pièce. Cela explique sans doute pourquoi on me dit souvent que mes bijoux possèdent une âme. Même si je suis arrivée en France toute petite, je n’en ai pas moins été marquée profondément par mes racines marocaines. J’ai même la sensation que ce sentiment remonte encore à beaucoup plus loin dans le temps que ma seule naissance au Maroc…

Quels sont vos matériaux de prédilection ?

Esther : Comme beaucoup de joailliers, j’ai commencé par travailler l’argent pour des raisons d’ordre économique. Mais je trouvais qu’il y avait tellement de choses réalisées en argent que ce matériau ne donnait pas sa vraie valeur à mes recherches. J’ai donc décidé de passer à l’or, un matériau que j’adore et qui ne cesse de me stimuler l’imaginaire. Surtout l’or jaune 22 carats qui a quelque chose de solaire, mais pas dans un aspect trop poli ou lisse. Je le laisse tel quel pour que mes bijoux, une fois qu’ils se patinent, gardent cette sensation de matière pleine et sensuelle. Pour les bagues, j’utilise du 18 carats (750/‰) pour des questions techniques car le 22 serait trop mou.

Vous travaillez beaucoup sur les aspects patinés, martelés, cabossés, usés. Est-ce pour vous une manière de transplanter un savoir-faire ancestral que l’on trouve chez les orfèvres du Maghreb ?

Esther : Absolument ! Cette dimension-là est fondamentale dans mon travail. Le métal lisse, impeccable d’aspect ne correspond pas du tout à ma démarche. J’ai besoin des aspérités et même d’incidents. En cela, la ciselure m’a permis non seulement de pouvoir dessiner dans le métal mais également d’amener des effets de matières. La différence notable par rapport aux effets que l’on peut voir obtenus à la machine est que, utilisant des outils que j’ai fabriqué moi-même, je vais au cœur du métal et par conséquent, lorsque le bijou se patine, à la différence d’une ciselure faite à la machine, les effets de matière que je lui ai imprimés apparaissent davantage encore.

Ce qui pourrait apparaître comme un défaut est donc pour vous un atout créatif supplémentaire ?

Esther : C’est même génial ! Et la raison pour laquelle je ne pourrais pas envisager de déléguer la réalisation à d’autres. En effet, lorsque je travaille sur un bijou, je ne sais jamais le moment où il sera achevé. Même si je peux me dire à un instant qu’il n’est pas utile de continuer plus avant, que le résultat est là, il suffit alors que surgisse le moindre accident de matière pour que cela m’incite à changer totalement de voie créative et à tout reprendre.

Utilisez-vous souvent des gemmes précieuses dans votre travail ?

Bague Esther AssoulineEsther : Oui parce que je les adore. Surtout les pierres de couleur. J’aime tout particulièrement les tourmalines et les diamants de couleur, surtout le bleu dont la tonalité se marie vraiment bien avec la tourmaline rose. J’apprécie aussi les mélanges des multiples couleurs de diamants champagne, cognac, jaune, avec de temps à autre une petite touche de diamant blanc pour donner une note de lumière supplémentaire.

Racontez-vous des histoires à travers vos créations ?

Esther : Peut-être d’abord la mienne (rire). Cela dit, la première bague que j’ai faite était comme un hommage à ma mère qui possédait un bracelet berbère très ancien en or 22 carats que son père lui avait offert lorsqu’elle était toute jeune fille. J’ai repris l’esprit de ce bracelet pour le retravailler sous la forme d’une bague. Cette réinterprétation m’a demandé tellement d’heures de ciselage que cela m’a esquinté les yeux et m’oblige depuis à porter des lunettes. Sinon, j’ai également une ligne que j’ai baptisée Jaipur. Son design s’articule autour d’une goutte travaillée avec un peu de granulé et sertie d’un petit diamant de couleur. C’est mon évocation de l’Inde.

Retrouvez les bijoux d’Esther sur notre site : Esther Assouline, bijoux de créateurs à la galerie Elsa Vanier.

Découvrez-la également dans l’émission Nec plus ultra sur tv5 monde, en cliquant sur le lien suivant : Esther, créatrice de bijoux