En plus d’être une “payse” (mot bourguignon), Claire m’accompagne fidèlement depuis les débuts de ma galerie. Notre collaboration s’est amorcée de manière toute simple après qu’elle soit venue me voir avec quelques unes de ses créations. Leur style délicat, élégant et coloré m’a séduite d’emblée.

C’est à Tournus, dans le Sud de la Bourgogne, que notre héroïne a vu le jour au sein d’une famille de six enfants. Si son père était éleveur de charolais, il n’en était pas moins aussi très féru d’art et collectionneur. Rien d’étonnant donc à ce que, immergée dans un climat familial ouvert à l’art et sous la houlette de sa grand-mère qui la poussait à dessiner, Claire a pu ressentir dès son plus jeune âge une véritable vocation pour la peinture. Après un an de préparation dans un atelier d’art du XIe arrondissement, elle intègre l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d’Art, section Art Mural. Une formation extrêmement rigoureuse de quatre années qu’elle décide de compléter en rejoignant l’atelier de peinture de monsieur Guignebert aux Beaux-arts. Mais l’ambiance lui déplait tant qu’elle quitte l’école et abandonne même ses pinceaux pour se lancer dans la mode. Une activité qu’elle mènera pendant dix ans pour deux sociétés de prêt-à-porter, l’une à son nom, la seconde joliment baptisée Taxi Brousse !

Puis la voilà expatriée à Londres. Elle y reprend le dessin et la peinture, découvre avec émotion les peintures anglaises. Mais, après dix ans de vie londonienne, elle doit revenir à Paris. Entretemps, elle s’associe avec une amie japonaise pour une aventure créative, et il en résulte, en 2000, la toute première collection de bijoux signée par Claire de Divonne.

Cette première collection contenait-elle déjà l’essence même de votre style ?

Claire de Divonne : Il s’agissait essentiellement d’un travail de coloriste où je me contentais de faire des associations de pierres fines que je donnais ensuite à monter à des artisans indiens. Cette première collection n’a d’ailleurs été diffusée qu’au Japon. La seconde, qui était dans la même veine, a été vendue au Japon et en Angleterre. Puis, ma partenaire et moi avons décidé de nous séparer car cela devenait trop compliqué de poursuivre des projets en commun , habitant loin l’une de l’autre. J’ai donc monté ma propre société en 2003 mais ne réalisant pas moi-même le façonnage de mes bijoux, j’ai continué à travailler avec des artisans indiens.

L’Inde constitue-t-elle pour vous une source constante d’inspiration ?

Claire de Divonne : Dans une certaine mesure oui parce que les couleurs de la rue et les arts de ce continent me fascinent. L’Inde représente aussi pour moi un merveilleux outil pour travailler mes créations. Les artisans y ont un savoir-faire que nous n’avons pas ici, notamment pour ce qui touche au travail de l’or 22 carats. D’ailleurs, lorsque je montre certaines de mes créations à des orfèvres parisiens, ils me disent ne pas pouvoir réaliser la même chose.

Bagues Yolaine

Bagues Yolaine, calcédoine ou cornaline

Mais qu’est-ce qui vous guide dans l’élaboration de vos collections ?

Claire de Divonne : Tous les bijoux que j’ai faits jusqu’à récemment sont une conséquence logique à la fois de mon bagage de peintre acquis durant mes dix années de pratique régulière du dessin mais également de mon enfance passée en osmose avec la nature. Je n’ai jamais pu peindre qu’à partir de choses réelles et jamais de simples idées conceptuelles. Ce qui m’inspire aussi est le toucher des minéraux que j’utilise. J’y retrouve les mêmes sensations d’ordre quasi sensuel que lorsque j’utilisais les pigments pour faire mes couleurs. Je travaille d’ailleurs les pierres comme s’il s’agissait pour moi de composer une palette. Souvent une pierre m’inspire et alors une collection prend forme. Peu importe du reste qu’elle soit précieuse ou non, ce que j’aime c’est magnifier la matière.

Avez-vous des pierres de prédilection ?

Claire de Divonne : J’aime beaucoup l’aigue-marine, les spinelles, les tourmalines. J’avoue également un vrai faible pour le quartz qui permet d’incroyables perspectives créatives. En fait, je recherche essentiellement des pierres non chauffées, ce qui devient de plus en plus difficile à trouver, ou non colorées artificiellement. En fait, je ne tiens jamais compte de la valeur de la pierre. Ce qui m’importe c’est leur charme et l’histoire qu’elle peut générer en moi. Peut-être est-ce dû au fait que je ne suis pas une experte en gemmologie !

Et au niveau des matériaux ?

Claire de Divonne : L’or ! J’aime l’utiliser parce que je le trouve magique tellement il est vivant. Quand on a commencé à le toucher, il est extrêmement difficile de passer à un autre type de matériau même si j’aime beaucoup l’argent aussi. L’or que je préfère est le jaune d’aspect mat, influence indienne oblige !

pendentif fleur bleue

Claire de Divonne, pendentif Fleur bleue, or, calcédoine, saphirs roses

Le fait pour vous de ne pas du tout être technicienne, de ne pas travailler à l’établi, constitue-t-il un obstacle dans votre processus de création ?

Claire de Divonne : Ne pas être orfèvre n’est pas à proprement parler un obstacle car je travaille avec de très bons artisans en Inde. En revanche, j’avoue en éprouver aujourd’hui des regrets. J’ai commencé à faire des bijoux tardivement. Disons que l’idée d’entamer une formation me trotte dans la tête. Le problème est que je suis happée par le quotidien d’une entreprise… Mais vous savez, comme j’appartiens davantage à la catégorie des concepteurs designers que des créateurs joailliers, je peux m’adapter plus facilement à différents types de matériaux comme d’univers et j’aurais très envie d’apprendre à souffler le verre, à faire du modelage ou à me remettre sérieusement à la peinture.

Vous donnez des noms à vos bijoux. Y a-il une signification particulière à cela ?

Claire de Divonne : J’ai toujours donné des noms parce que j’aime les mots mais aussi parce que les bijoux sont évocateurs d’émotions, de souvenirs. Par exemple, ma nouvelle collection « Fleurs de désert » tient à un souvenir fugace d’il y a vingt ans lors d’un voyage que j’avais effectué dans le désert de Namibie. Au moment où je m’y trouvais, les cactus de cette immensité aride étaient en fleurs, c’est un phénomène très éphémère à une certaine période de l’année. Une sensation puissante, qui a brusquement ressurgi de ma mémoire, m’a portée à créer toute une collection.

Vos bijoux sont toujours très construits, architecturés même, ne paraissant rien laisser au hasard. Partez-vous toujours de dessins extrêmement aboutis pour leur réalisation ?

Claire de Divonne : Comme je ne travaille pas du tout à la cire, il a fallu que j’amène les orfèvres indiens avec lesquels je collabore à pouvoir trouver une transposition immédiate de mes dessins. D’où la nécessité d’une grande précision. Cela explique pourquoi nombre de mes pièces reposent sur des bases de fil d’or d’un graphisme toujours très poussé.

Pour une marque comme la vôtre est-ce compliqué aujourd’hui d’exister ?

Claire de Divonne : C’est une question que je me pose au quotidien. Pour une petite structure comme la mienne, il n’est en effet pas envisageable de devenir annonceur. Pourtant, même si cela peut surprendre, cela m’arrange de ne pas être sous les feux des projecteurs parce que je n’ai pas suffisamment d’égo pour cela. Par contre, je suis choquée par la concurrence déloyale de certaines marques qui viennent plagier des idées. Or, c’est souvent ces marques-là qui ont les honneurs des médias ! Quoi qu’il en soit, parce que mon plus grand plaisir est de dessiner des bijoux, j’aimerais comme je l’ai déjà réalisé pour certains, développer davantage de collaborations avec de grandes maisons.