Une pierre à la loupe
La tanzanite 27 février 2013
La tanzanite est une pierre extraordinaire. Sa couleur bleu outremer aux éclats pourpres est fascinante et sa provenance exclusive… Suivez le guide!
Caractéristiques
La tanzanite est la variété bleue de la zoïsite, un silicate d’aluminium et de calcium, qui cristallise dans le système orthorhombique.
Elle doit sa couleur d’un bleu soutenu jusqu’au violet à la présence de vanadium et de chrome en traces, éléments étrangers à sa composition chimique, qui viennent occuper des positions cristallographiques précises. C’est donc un minéral allochromatique (qui doit sa couleur à des éléments extérieurs à sa structure).
C’est une pierre assez tendre (6 à 7 sur l’échelle de Mohs), elle doit donc être portée, et sertie, avec prudence.
Une pierre « très jeune »
Sa découverte dans le nord de la Tanzanie date de 1967, lorsqu’un berger Massaï du nom de Jumanne Ngoma, ramassa près de Merelani, des cristaux bleus qui brillaient au soleil. Il montra sa découverte à des négociants en pierre à Arusha qui ne surent pas identifier le minéral. Il poussa donc son voyage jusqu’à Nairobi, muni de ses cristaux bruts, et poussa la porte d’une société de négoce de pierres précieuses.
Il fut reçu par quelques uns de ses représentants qui ne purent non plus mettre un nom sur cette pierre… On lui dit alors qu’on lui ferait savoir dès que le minéral serait identifié. M. Ngoma leur laissa tous ses bruts en échange d’un billet de retour, soit 5$… Mais il attend toujours leur réponse !
C’est d’Idar Oberstein en Allemagne, haut-lieu des professionnels des pierres de couleur (lapidaires, négociants, chercheurs), que vint la réponse : cette découverte n’était pas celle d’un nouveau minéral, mais « seulement » d’une nouvelle variété de zoïsite. Inconnue jusqu’alors mais jusqu’à aujourd’hui, unique au monde.
Malgré ces débuts, peut-être un peu romancés, le commerce de la tanzanite est aujourd’hui entre les mains de nombreux négociants dont la grande majorité sont affiliés à l’assocation ICA (International Colored Gemstone Association) et respectent les règles d’éthique de cette association renommée.
Une couleur captivante
Couvrant une gamme du bleu outremer profond au bleu-violet clair, la tanzanite fut, dès sa découverte, classée parmi les pierres fines importantes, en raison de sa magnifique coloration et de son « trichroïsme ».
Un peu de vocabulaire pour expliquer mon propos : le pléochroïsme est la propriété de certaines gemmes de posséder plusieurs colorations visibles au dichroscope (2 pour dichroïsme, 3 pour trichroïsme), couleurs parfois même visibles à l’œil nu.
Le dichroscope est un appareil permettant de dissocier les différentes couleurs d’une gemme, grâce à la juxtaposition de deux filtres polaroïd.
La tanzanite possède un trichroïsme intense bleu/pourpre/brun clair. La couleur pourpre « sous-jacente » est souvent apparente et confère à cette pierre une part de mystère qui la rend terriblement attirante.
Les premiers bruts de tanzanite trouvés en surface étaient d’un bleu profond pour la plupart, (peut-être sous l’effet du rayonnement solaire) mais lorsqu’il a fallu s’attaquer à la roche et creuser plus profond, les cristaux extraits étaient plus souvent bruns (c’est d’ailleurs le cas de plus de 90% de la production actuelle).
Mais pour obtenir ce bleu si intense, il suffit d’un petit traitement thermique : 15 minutes à 520°C… une recette de cuisine en somme!
Plus sérieusement, le chauffage permet un transfert définitif de charge d’ions Vanadium V3+ en ions V4+ et ne peut se faire que sur des pierres contenant peu d’inclusions au risque, sinon, que la pierre ne se brise. Il faut noter que le chauffage fait partie des traitements appliqués aux cristaux depuis la nuit des temps.
Gisements : une exclusivité tanzanienne
La zone dans laquelle se trouve la tanzanite ne dépasse guère 8 km de rayon. A ce jour, c’est le seul endroit connu du monde où cette gemme est extraite, dans des conditions difficiles.
Elle se situe au pied des collines Merelani, dans la région d’Arusha, au nord du pays, presqu’à l’ombre du Kilimandjaro, volcan éteint et marque de ce passé géologique tumultueux.
La Tanzanie est située en Afrique de l’est, lieu de profonds bouleversements géologiques Il y a quelques millions d’années, de multiples fractures dans l’écorce terrestre ont provoqué en surface un fossé, une dépression allongée de plusieurs kilomètres de large sur des centaines de long, et ainsi entraîné la formation de volcans et de lacs : c’est la vallée du rift.
Les nombreux minéraux et pierres gemmes, comme la tsavorite, le rubis dans la zoïsite verte ou les saphirs aux couleurs particulières, tous présents dans cette région, témoignent de ces grands mouvements tectoniques. Au début de l’exploitation de la tanzanite, les gros cristaux étaient nombreux, mais aujourd’hui, la production, qui se fait dans des conditions plus difficiles, consiste en des cristaux beaucoup plus petits.
Un parrain prestigieux, une croqueuse de diamant et un créateur délirant
Dès qu’on leur présenta les premières pierres taillées, les joailliers de la maison Tiffany eurent un véritable coup de foudre pour sa couleur et décidèrent de créer une collection. Ils baptisèrent la pierre «tanzanite», plus seyant que zoïsite, et dès 1969 lançaient une grande campagne à destination de la clientèle américaine. La pierre eut un succès fou immédiat et l’histoire d’amour continue alors que les grosses pierres se font de plus en plus rares.
Aujourd’hui, les tanzanites de belle qualité et de grande taille n’ont pas de prix!
Elizabeth Taylor, qui eut une véritale histoire d’amour avec les bijoux en général, et certaines pierres en particulier, plongea avec délice dans ce bleu violacé : un collier comprenant 5 rangs de tanzanites orna son cou… assorti à ses yeux bien sûr !
La dernière biennale des antiquaires a mis sous les feux des projecteurs un créateur hong-kongais talentueux : Wallace Chan.
Parmi des créations plus folles les unes que les autres, sa broche « Whimsical blue » illustre cette page de manière spectaculaire. La pierre de centre est une tanzanite de 16,17cts, accompagnée d’un saphir du Cachemire, de jadéite, lapis lazuli et diamants.
Comment nous la portons
La tanzanite, aux couleurs à la fois profondes, chaleureuses et mystérieuses, plait à des personnes au goût affirmé et peu conventionnelles. En bague, elle doit être portée avec égard et ne doit pas être nettoyée aux ultrasons. Il est tentant de la porter en bague, pour l’admirer, mais la mienne est rayée et j’envisage de la remonter sur un collier où elle sera plus en sécurité !
La Tanzanie est située en Afrique de l’est, lieu de profonds bouleversements géologiques Il y a quelques millions d’années, de multiples fractures dans l’écorce terrestre ont provoqué en surface un fossé, une dépression allongée de plusieurs kilomètres de large sur des centaines de long, et ainsi entraîné la formation de volcans et de lacs : c’est la vallée du rift.
Les nombreux minéraux et pierres gemmes, comme la tsavorite, le rubis dans la zoïsite verte ou les saphirs aux couleurs particulières, tous présents dans cette région, témoignent de ces grands mouvements tectoniques. Au début de l’exploitation de la tanzanite, les gros cristaux étaient nombreux, mais aujourd’hui, la production, qui se fait dans des conditions plus difficiles, consiste en des cristaux beaucoup plus petits.
Aujourd’hui, les tanzanites de belle qualité et de grande taille n’ont pas de prix!
La dernière biennale des antiquaires a mis sous les feux des projecteurs un créateur hong-kongais talentueux : Wallace Chan.Parmi des créations plus folles les unes que les autres, sa broche « Whimsical blue » illustre cette page de manière spectaculaire. La pierre de centre est une tanzanite de 16,17cts, accompagnée d’un saphir du Cachemire, de jadéite, lapis lazuli et diamants.
La tanzanite, aux couleurs à la fois profondes, chaleureuses et mystérieuses, plait à des personnes au goût affirmé et peu conventionnelles. En bague, elle doit être portée avec égard et ne doit pas être nettoyée aux ultrasons. Il est tentant de la porter en bague, pour l’admirer, mais la mienne est rayée et j’envisage de la remonter sur un collier où elle sera plus en sécurité !
Le Chrysobéryl 11 octobre 2012
C’est en voyant cette belle collection de pierres vertes et mordorées au National History Museum de New York l’été dernier qu’il m’est venu l’idée de rendre hommage à une pierre peu connue.
Le nom étrange de chrysobéryl vient du grec khrusos (doré) et de bêrullos (pierre brillante).
Le chrysobéryl est un oxyde de béryllium et d’aluminium (Be Al2O4) cristallisant dans le système orthorhombique. (Le prisme orthorhombique est un prisme droit dont les bases et les quatre faces latérales sont des rectangles).
Sur l’échelle de Mohs qui mesure la dureté à la rayure, ce minéral obtient 8,5, juste derrière le diamant et le corindon (saphir et rubis).
Son indice de réfraction élevé (1,746 à 1,756), proche du saphir, en fait une gemme brillante et lumineuse une fois taillée. Sa structure cristalline très compacte lui confère des propriétés physiques et optiques remarquables.
Au 19e siècle, le chrysobéryl était très apprécié en tant que substitut du diamant de couleur.
Pas un chrysobéryl, mais plusieurs !
Autrefois appelé cymophane, nom provenant de kuma (flot, vague) et de phaneros (apparent), pour sa couleur toujours mouvante, le chrysobéryl présente effectivement une légère opalescence caractéristique.
Le chrysobéryl (oserais-je dire ordinaire ?!) se présente dans une variété de tons jaune à jaune d’or ou de jaune-vert, jaune-brun à vert olive. Il en existe également une variété incolore.
Cette couleur jaune est due à la présence de fer (des ions ferriques ou ferreux viennent remplacer des ions d’aluminium ou de béryllium).
Lorsque la magie de la chimie opère et qu’un peu de chrome, élément rare sur le globe, remplace l’aluminium, une autre variété de chrysobéryl, très recherchée, voit le jour : c’est l’alexandrite.
Cette pierre a la particularité optique de paraître verte à la lumière du jour et rouge ou violacée à la lumière incandescente. Elle fut nommée ainsi en l’honneur du tsar Alexandre II.
Sa rareté est telle qu’à qualité égale, cette gemme se négocie au même prix que celui d’un diamant, sinon plus. L’alexandrite est tellement recherchée qu’il faut faire attention aux imitations, en particulier des saphirs synthétiques à effet « alexandrite ».
Certains chrysobéryls taillés en cabochon permettent de révéler un autre phénomène optique : la chatoyance.
Ainsi, lorsque la structure cristallochimique du chrysobéryl a favorisé la formation de lacunes cristallines tubulaires, canaux orientés parallèlement à la direction principale du cristal, on voit apparaître de fines lignes argentées qui glissent sur la surface de la pierre à mesure qu’elle est déplacée sous un éclairage, quel qu’il soit.
Ce type de chrysobéryl est appelé « Œil-de-chat », ainsi nommé car l’effet lumineux produit évoque si bien la pupille en fente verticale du chat qui vous regarde dans la nuit lorsque vous l’éclairez avec une lampe.

Seuls les chrysobéryls ont droit à l’appellation « Œil-de-chat », sans précision. Les autres pierres chatoyantes doivent être citées par leur nom suivi du qualificatif « oeil-de-chat », comme par exemple le « quartz rose œil-de-chat ».
Les gisements
Les plus beaux chrysobéryls de variété jaune sont récoltés dans les alluvions des régions du Minas Gerais, Espirito Santo et Bahia au Brésil. Les cristaux roulés peuvent atteindre des dimensions considérables. On aurait ainsi découvert un cristal de 8kg à Espirito Santo en 1828.
On trouve également souvent des cristaux aplatis et maclés : 3 cristaux qui s’interpénètrent, formant une symétrie hexagonale.
C’est au Sri Lanka que sont extraites les variétés cymophane et alexandrite tant appréciées. Les premières alexandrites furent découvertes dans le gîte d’émeraude de Takowaja, gisement aujourd’hui épuisé.
Des pierres pour têtes couronnées
Autrefois classé avec les béryls comme l’indique son autre nom « béryl d’or » (en grec khrusos signifie or), cette gemme a souvent été utilisée en joaillerie, et en particulier pour des joyaux de couronnes.
Le trésor de la famille royale d’Angleterre détient un Œil-de-chat du Sri Lanka de 313,2 carats !
Le chrysobéryl le plus célèbre est une pierre vert-jaune absolument pure, de forme ronde-ovale de 45 carats appelée le « Hope » car il a appartenu à Henry Philip Hope, possesseur d’un fameux diamant auquel il avait également donné son nom… Cette pierre est aujourd’hui visible au Natural History Museum de Londres.
La Smithsonian Institution à Washington possède des Œil-de-chats de 121 et 172 carats, ainsi que des pierres facettées de 114,3 et 120,5 carats.
Comment le porter
Par exemple, comme Béatrice, la responsable de la galerie. Elle a choisi de faire monter sa pierre en collier, sur une chaîne en or jaune martelée à l’ancienne par Costanza. Ce travail offre un parfait camaïeu à la pierre aux reflets d’or nichée au creux d’un maillon… Elle brille et éclaire le sourire dont Béatrice ne se départit jamais.





