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Dans l’atelier de laque de Salomé 20 mai 2013
Vue de rêve de la fenêtre du studio
La technologie classique du Wajimanuri comporte une trentaine de pas de travail, pour enfin arriver à une surface brillante, soyeuse et d’ ailleurs assez robuste. Le support des bijoux laqués peut être le bois, le tissus, le papier ou presque toute autre matière, qui deviendra méconnaissable sous les dizaines de couches de laque. Avant les 4 ou 5 couches finales, plus fines, il n’est pas rare que l’artiste intègre des coquilles d’œuf pilées, de la nacre, de l’or, de l’argent ou de l’étain en plaque, poudre ou feuille…
J’ai suivi pendant quelques heures le travail de Salomé, installée à la japonaise à son établi de la cité internationale des Arts.
Les premières étapes de sculpture du bois et de pose des premières couches de laque épaisses avaient été réalisées dans l’ atelier de Twann, (canton de Bern).
Ce que vous verrez ici sont les étapes de pose de laque intermédiaire, le nettoyage et l’affûtage des pinceaux en cheveux, le choix des couleurs de laque, la pose de poudre d’or, la mise à sécher dans un coffre à l’hygrométrie stable, à l’abri de la poussière, le polissage avant la pose d’une nouvelle couche de laque.

Chaque pièce prend ainsi des jours et des jours pour être réalisée et toute erreur peut être fatale.
Zen, avez-vous dit? apprentissage de la patience et grande humilité pour sûr!
Choix du pinceau :
Les pinceaux sont réalisés en cheveux naturels de femmes asiatiques, les seuls assez solides. Ils coûtent au minimum 300 euros et font l’objet de soins attentifs.
Ils contiennent 10cm de cheveux et se taillent au couteau.
Pinces et tubes de laque Urushi
Depuis la fin du 19ème siècle, on sait transporter la laque Urushi du Japon (résine de l’arbre Rhus Verniciflua) en conteneurs hermétiques. Auparavant, la laque arrivait en Europe séchée par les mois de traversée en bateau et donc inutilisable.
Maintenant, Salomé la choisit en tube, comme de la peinture, et se la fait expédier du Japon. Il existe plusieurs nuances, de l’ambre clair au noir en passant par les très beaux rouges bien connus. Les qualités (finesse) varient également, et leur prix aussi !
Pose de la poudre d’or :
Une de mes pièces favorites !
Claire Wolfstirn, petits formats, grands effets 7 octobre 2012
C’est sans doute grâce à Claire que la galerie s’est ouverte aux bijoux d’artistes amoureux de la beauté des métaux, or, argent, acier ou titane sans en appeler systématiquement aux gemmes…
Pour nous, gemmologues, il s’agissait d’une orientation vraiment nouvelle. De surcroît, chez Claire, comme s’il fallait encore atténuer le côté clinquant de l’or, le métal est le plus souvent satiné ou brossé pour offrir un éclat délicat et soyeux… Minimalisme, avez-vous dit ?
Claire, quand on vous demande votre métier, que répondez-vous ? Designer Graphiste ? Joaillier ? Bijoutier ? Qu’est-ce qui vous définit le mieux ?
Claire Wolfstirn : Je suis Créatrice de bijou contemporain. Le bijou est une réflexion, une expression artistique.
Un premier regard professionnel en tant que designer m’a apporté une spécificité dans la création du bijou. Ces objets « précieux » que je donne à porter sont marqués par toutes mes expériences et mes réflexions antérieures…
Pouvez-vous nous résumer en quelques phrases votre parcours, votre formation, jusqu’à votre situation aujourd’hui ? Qu’est-ce qui vous a amenée au bijou ?
CW :Tout au long de mon métier de designer- graphiste indépendant que j’ai exercé pendant 10 ans dans le luminaire, les images de marque et l’illustration, je me suis rendu compte que j’avais besoin et de l’outil et de la matière, à tel point que j’ai abandonné ce métier lorsque les outils manuels ont laissé la place à l’ordinateur. J’ai alors entrepris une formation en ergonomie et cette formation, par la réflexion sur le corps qu’elle induisait, m’a amenée à la création de bijou, donc d’objet intime en interaction avec le corps. J’ai décidé alors de parfaire ma technique en allant suivre les cours de bijou contemporain de l’AFEDAP, dans le nord de Paris, école dans laquelle j’enseigne aujourd’hui.
Qu’est-ce qu’un bijou pour vous, ou plutôt, qu’est-ce qu’un bijou réussi ?
CW : Un bijou réussi est un bijou qui joue avec le corps. Un bijou qui se révèle différent porté, qui s’enrichit de par son « jeu » avec le corps.
En fait, j’aime réfléchir à la forme que l’objet compose avec le corps et faire que les personnes (re)découvrent leur corps avec le bijou.
Avez-vous un type de bijou préféré ?
CW : Non, pas vraiment, j’aime les broches, les bague, les boucles d’oreilles, les colliers… Aujourd’hui, je travaille un bijou en acier, un pendentif rond, forme que j’exploite le plus avec le carré pour en faire une pièce unique.
J’aime aussi particulièrement les différentes pièces que je crée dans les thèmes de « Funambulles » ou « Herbes folles ». Elles ont un côté facétieux !
Vous créez directement à l’établi ?
CW : Avant d’en arriver à la réalisation, les pièces sont longuement mûries. Mais je réalise peu de croquis, je travaille plutôt sur des maquettes en papier avant de passer au métal. Depuis plusieurs années, je travaille sur l’idée d’un tableau avec un élément « Bijou » incorporé qui s’enlève et se porte. C’est un travail qui suit les « herbes folles » et les « funambulles » (écrit volontairement avec 2l).
Quel est votre métal de prédilection ? Et en termes de technique ou de geste ?
CW: L’Or est mon métal préféré, celui que je trouve le plus agréable à travailler, mais j’aime également l’argent et même l’acier avec sa force et sa dureté.
Quant aux outils, ce sont ceux avec lesquels je scie, (et j’utilise beaucoup la scie), je cisèle, martèle ou patine, cela en fait quelques-uns !
Un mot du « Groupe ARCANES », cette association d’une dizaine de créateurs dont vous faites partie ?
CW : Le groupe ARCANES est composé de créateurs de différentes sensibilités. Nous définissons un thème qui se matérialise généralement par une exposition, comme par exemple, en 2010 « D’un jardin à l’autre » ou « Emballage »… J’ai aussi participé à d’autres projets, hors du groupe, avec des créateurs comme Andréa Piñeros, par exemple pour l’exposition« Convergences et Divergences ».
En dehors du site de la galerie, mon travail est également sur internet sur le site ARTBAZ, une vitrine uniquement dédiée à des artistes peintres, sculpteurs ou photographes car je trouve important de montrer le bijou contemporain parmi d’autres expressions artistiques.
Aujourd’hui, vous partagez votre temps entre l’atelier et l’AFEDAP. Que vous apporte l’enseignement ?
CW : J’ assure une partie des cours de fabrication de bijoux de deuxième année. Cet enseignement est porteur de rencontres. Je prends parfois un élève de l’école en stage dans mon atelier, ce qui permet d’approfondir l’échange amorcé en cours. C’est souvent un enrichissement mutuel.
Pouvez-vous nous dire un mot de vos recherches et de vos thèmes actuels ?
CW : Les expositions imposent des thèmes variés ce qui poussent mes réflexions.
Très friande d’art contemporain, j’essaye d’insuffler dans mon travail des parcelles de ces visions nouvelles. « D’un jardin à l’autre « m’a amenée à travailler sur la force et la fragilité de la nature d’où ces découpes qui donnent l’illusion de fragiliser le métal à l’extrême. Quant aux pièces « funambulles », elles sont nées d’une recherche d’équilibre sur le corps.
Où peut-on trouver vos pièces ? Et dans quels pays principalement ?
CW : En France (dans les boutiques d’Atelier d’Arts de France, chez Madame Chéret et à la galerie Elsa Vanier) et à l’étranger au Canada, en Australie, en Belgique…
Je dispose également d’un show-room à côté de mon atelier.
Que vous apportent les galeries?
CW : Les galeries sont vitales et m’apportent une ouverture sur le public, ce sont des relations de long terme, claires et de confiance indispensables pour une artiste. Mes clients me citent souvent le « site rouge »* comme référence d’un lieu pour voir mes bijoux avant de m’indiquer la Galerie Elsa Vanier, de la rue du Pré aux Clercs.
*le site www.elsa-vanier.fr
Avez –vous un souhait pour l’avenir ?
CW : Oui ! Changer d’échelle ! Travailler en plus grand en intégrant toujours des bijoux dans des tableaux sculptures et continuer d’apprendre. Récemment, j’ai fait un stage de dinanderie (travail du cuivre), auparavant, j’avais suivi un stage de ciselure. Ces formations permettent de progresser, de remettre en cause certains gestes, d’avancer… Et enfin, je suis déterminée à rester indépendante.








