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Tendance ou pièce unique ? Telle ne doit pas être la question en joaillerie ! 13 mars 2011
Dans le domaine du vêtement et de l’accessoire qui l’accompagne, le phénomène « des tendances » s’apparente à un rite quasi d’ordre messianique. Une loi absolue destinée à dynamiser par les « nouveautés » un marché vestimentaire sérieusement mis à mal depuis plusieurs années par le made in China ou les mammouths à distribution planétaire…
Aujourd’hui, ce phénomène des « tendances » a largement débordé le domaine de la mode pour toucher celui de la joaillerie. Y compris la » haute », ce qui ne peut manquer de surprendre ! En effet, si la bijouterie dite fantaisie, parce qu’elle est symbole d’humeur du moment et de frivolité de l’instant, se doit de suivre les grands courants de mode pour espérer se tailler une place de choix dans nos vestiaires, le caractère « exceptionnel » de la joaillerie devrait offrir un rempart suffisant pour la tenir en retrait de ce zapping perpétuel.
Ce qui ne signifie pas pour autant qu’au fil des décennies, les joailliers n’aient pas suivi avec bonheur de grands thèmes directeurs (le naturalisme, le floral, l’animalier, l’Art Nouveau et Déco, le Constructivisme, le Pop Art…) pour nourrir l’inspiration de leurs collections mais sans s’en rendre esclaves ni donc subir le rythme infernal de la saisonnalité.
Mais, à l’instar de la Haute Couture, la Haute Joaillerie se voit depuis quelque temps admise à figurer chaque saison sur le calendrier de la « Chambre Syndicale de la Couture et des Créateurs de Mode » pour présenter à la presse et à un public d’acheteurs leurs dernières nouveautés. Non seulement des pièces tenant de l’exceptionnel mais également des créations plus « mode » et sur des gammes de prix que dans les boutiques on pourrait considérer comme des produits d’appel.
Ce qui implique, vous l’aurez compris, une joaillerie « prête-à-porter » tant dans son porter nettement plus facile au quotidien qu’accessible au plus grand nombre.
Dans le sillage de grandes maisons de mode comme Chanel et Dior ayant mis en place des collections à part entière de joaillerie et haute joaillerie dont la dimension tendance pour les premières et d’exception pour les secondes leur permettent de cibler un spectre plus étendu d’acheteurs, nombre d’acteurs de l’univers joaillier ont dû, à leur tour, se résoudre à créer des bijoux plus « fun », moins chers (faits en série) et cependant en mesure de faire « rêver »
Un phénomène qui fait vraisemblablement le bonheur des bureaux et agences de style dans le sens où une nouvelle piste de commercialisation de leurs cahiers de tendances s’ouvre ainsi à eux. Ce n’est du reste pas un hasard si la plupart des grands joailliers enfourchent à l’unisson le filon, une saison des pierres de couleur, une autre celui du diamant noir, une autre encore celui de l’or rose et blanc …
On assiste alors malheureusement à une uniformisation de l’offre dans un domaine ayant pourtant assis sa réputation sur les caractères d’exception et d’unicité. Heureusement, en réaction peut-être, et à l’exemple de leurs confrères de la mode préférant la formule de la Couture et de la mesure à celle du prêt-à-porter pour lequel ils ne disposent ni de la structure de production ni de la capacité financière suffisante pour espérer s’y tailler une place, un nombre grandissant de représentants de ce que l’on peut nommer la nouvelle mouvance joaillière affirme le parti-pris de la pièce unique ou en série extrêmement limitée. De ce qui peut sembler à priori une faiblesse structurelle, ces joailliers Nouvelle Vague et les galeries en font une force, permettant d’exprimer un point de vue créatif, singulier et exclusif. En ces temps de mondialisation du goût, cela revêt une sacrée force !
